La voix de la Corse N°73 – 2006 / Sophie Istria, Plasticienne des couleurs

Il s’agit d’une artiste peintre dont l’abondance intellectuelle se répercute sur sa production picturale ce qui fait que, très rapidement, après un travail ludique dans l’atelier de l’artiste Janine Moreau, Sophie ISTRIA a découvert sa propre créativité et ses composantes. La diversité est le propre de la nature humaine et cette plasticienne jongle avec les différentes techniques mises à sa disposition : acrylique sur toile de lin, collages, le tout dans un rendu semi-abstractisant où la vie est toujours présente.
La couleur est primordiale pour sa toile. Elle l’utilise à profusion avec cependant une gamme chromatique qu’elle ajuste avec finesse et élégance. Ses sujets sont issus de paysages ou bien représentatifs de natures mortes dans l’intérieur d’un appartement fenêtre ouverte, donnant toujours la perceptive de l’environnement et de cet instinct de liberté.
Cet électisme ambiant, perceptible dans sa technique, est le résultat d’un travail parfois original, souvent novateur, intuitif et très certainement issu de sa créativité qui semble sans limites. C’est une artiste qui possède de grandes capacités picturales et qui aime développer son univers, en le transformant, en le décomposant. Même si le trait est présent, il n’est qu’un point d’ancrage pour l’ensemble de sa toile et ne prend nullement une position majeure dans son ensemble.
Sophie ISTRIA est une plasticienne qui donne libre cours à sa sensibilité et la fantaisie qui caractérise sa liberté d’expression demeure quasiment lyrique. Son œuvre révèle une audace picturale et une base structurelle parfaitement ordonnancées et qui détiennent une intensité stylistique originale. Cette artiste possède un charisme important et ne néglige pas le fait de faire profiter diverses associations caritatives du don de ses œuvres. Elle a participé à différentes expositions de groupes et personnelles.
Ses toiles ont toujours été vues et acceptées dans cette démarche et cette alliance pluridisciplinaires. Son œuvre capte une réelle intuitivité en se, nourrissant d’une créativité qu’elle maîtrise avec une aisance sans aucune complaisance. Claudia AMODEO

________________________________________

Elle (Sophie Istria) porte sur la nature, les gens, la vie, le même regard chaleureux et amical. Elle a de son travail une conception faite d’exigence et d’honnêteté foncières, mais aussi d’instinct immédiat, de rêve fugace, de poésie impalpable. Et ces deux aspects s’harmonisent pour s’incarner littéralement dans la matière, le pigment, le trait et la lumière. Pour Sophie ISTRIA, peindre est une nécessité. Elle a choisi ce mode d’expression par sensation. Il y a dans sa démarche artistique beaucoup de science mais également de la fraîcheur d’une toute jeune plasticienne qui cherche encore et toujours d’autres moyens de dispenser son talent. Sophie ISTRIA est un peintre essentiellement de chevalet qui travaille dans son atelier, très rarement sur le motif. Pour elle, il faut que les couleurs « tournent » dans la toile, il faut travailler tous les endroits à la fois, il faut qu’on puisse regarder le tableau dans tous les sens, il faut qu’elle mette autant d’énergie et de flamme à parler de son art que de rigueur à l’expurger de tous excédences. Ce qui donne de larges toiles au tracé vif et épuré, vibrantes de vraies couleurs et magnifiées par celles d’un imaginaire puissant. L’artiste est installée à Marseille et bénéficie d’un cadre géographique privilégié pour divulguer son art à connotation cubisante. Année après année, elle progresse à la fois sur le plan technique qu’au niveau de sa notoriété. Son avenir d’artiste est assurément au beau fixe. P. AMIEL

________________________________________

L’avis de l’Expert
On est frappé par la force de ses couleurs qui peuvent rappeler à certains égards les « fauves ». Sa pâte est épaisse et laisse voir toutes les couches qui l’ont amené à la lumière. Elle attaque son sujet d’un seul coup avec une violence quasi primordiale. Le moindre coup de pinceau s’avère expressif. Sa palette est chaleureuse, palpitante, riche. Les changements de couleurs sont tendres sans contraste violent. Il faut compter environ 700 E pour un format étalon 10 F (55 x 46 cm] à l’Huile. Thierry Samuel WEIS

________________________________________

Intérieurs et extérieurs
Souriante, gaie, un brin surexcitée (nous sommes à une paire d’heures du vernissage de son exposition), Sophie Istria a tout d’une femme épanouie. Venue sur le tard à la peinture, cette Auvergnate d’origine rigole en lançant » avoir le même parcours que Gauguin ». « J’étais en Licence d’anglais, poursuit-elle, lorsque je me suis aperçue que je m’étais trompée de voie. J’ai terminé mon année et je suis partie en voyage ».
Angleterre, Caraïbes, Etats-Unis, Espagne…
Un boulot de croupier pour gagner sa vie, mais toujours les pinceaux à portée de mains. « Le bon temps », s’amuse-t-elle en montrant une de ses toiles au titre éponyme représentant une nature morte sur fond de paysage caraïbe.
Ses tableaux sont d’ailleurs presque tous composés de cette manière. Vous en avez deux en un », explique l’artiste. Les couleurs sont chaudes, parfois flamboyantes, et des collages viennent souligner le thème abordé. « Souvent des intérieurs et extérieurs », précise-telle. Les états, les sentiments de ses personnages absents de ses tableaux en dehors de son A corps et à cris, un autoportrait compilant des moments de sa vie.
Assis sur des formes géométriques, où transparaît une forte inspiration cubiste, comme elle l’avoue, les tableaux de Sophie Istria montrent par ailleurs une maîtrise stylistique surprenante pour une artiste n’avouant peindre sérieusement que depuis sept ans. Il Ce qui me manquait ce n’était pas les idées, raconte cette dernière, mais la technique. Pendant quatre ans, j’ai donc pris des cours avec Janine Moreau, une enseignante des Beaux-Arts. J’ai aussi eu la chance de me marier avec un homme qui croyait en moi. Il m’a offert la possibilité d’arrêter de travailler et de me consacrer entièrement à ma passion ».
Une passion parfaitement assumée puisque ses œuvres sont aujourd’hui régulièrement récompensées. Jean-François POUPELIN